quand

Ils sont quatre. Quatre à avoir vécu sur la même réserve africaine, à l’avoir vue se transformer d’éden touristique en lieu de massacre. Quatre à découvrir que ni l’amour ni l’amitié n’empêchent la violence et la trahison. Quatre à être liés pour l’éternité. Estelle Nollet, l’auteur de On ne boit pas les rats kangourous, excelle autant à décrire la vie sauvage, majestueuse et libre, que les détails précis, singuliers et impitoyables quand la bestialité et la vénalité surgissent. Une vision du monde crue et tonique, imprégnée de réalisme magique.

Première lecture dans le cadre de la Bibliothèque Orange 2016 (à laquelle je participe pour la toute première fois…, histoire de « compenser » un peu mon manque de livres en français…). Et on commence fort. Je ne m’y attendais pas. Ce livre est une claque ! J’ai pourtant eu du mal à entrer dans l’histoire. Une fois les quelques 100 premières pages lues (c’est le nombre maximum que je laisse à tout livre pour me séduire), on ne peut pas dire que cette lecture éveillait quoi que ce soit en moi. Et avec le recul, je ne comprends pas pourquoi. J’étais dès le début sensible aux nombreux et lourds sujets traités dans ce roman, mais (sans trop vouloir entrer dans les détails et en dire trop), j’étais perdue par le choix de construction de l’auteur. Je me demandais ce que pouvaient bien faire ensemble dans un même espace deux hommes, un enfant albinos et une éléphante ! Mais quand tout devient plus clair, alors, alors… on est happé par cette terrible histoire, où tant de choses fortes se mêlent : les massacres des éléphants, le trafic de l’ivoire, le trafic des albinos, tous motivés par l’argent. C’est si douloureux. Douloureux à lire, douloureux de découvrir des scènes probablement pas si romanesques que cela, douloureux de lire la cruauté humaine. Heureusement, parfois, il y a de jolis moments, forts en émotion, chez les humains, et, surtout, dans le monde animal, dans la réserve africaine. Mais, très vite, on revient à la dureté, à l’avidité, à la bassesse, et certains passages sont vraiment très poignants. Et quelle écriture ! Cinglante, minimaliste mais si efficace, imprégnée par cette belle Afrique. Un livre instructif qui milite pour de très belles causes, qui tendent toutes vers le respect, de tous, humains ET animaux. Un livre sublime à lire absolument !

Livre lu dans le cadre de la Bibliothèque Orange 2016. Ma note : 4/5.

Morceau choisi

« – Ah, parce que vous ne nous avez pas pris nos terres, vous ? Toi, ton père et tes… semblables ? Non, vous les Blancs, vous n’êtes jamais venus pour prendre ce qui ne vous appartenait pas, jamais, c’est bien ça ? Vous n’êtes pas venus exploiter les mines ? Vous n’êtes pas venus nous faire déguerpir de nos villages quand il s’agissait de créer des « réserves d’animaux » ? Réserves à fric, oui ! Vous n’êtes pas venus nous interdire de chasser alors que vous le faisiez ? Vous n’êtes pas venus placer à la tête de l’Etat des gars avec qui vous alliez pouvoir continuer de faire affaire ? La fin de la colonisation, tiens, la « fin » de la colonisation, parlons-en. Et aussi, bien sûr, vous n’êtes pas venus prendre des femmes qui ne vous appartenaient pas, les violer… (…) Mais vous, quand vous prenez ce qui ne vous appartient pas, personne ne vous punit. Moi, on me fout en prison pour de maudites antilopes. Ca vous paraît normal ? Hein ? Elles ne sont même pas à vous, les antilopes. Vous les nourrissez ? Non. Vous les mettez dans des enclos pour les protéger des prédateurs ? Non. Mais vous avez décrété qu’elles étaient vôtres, et que vous seuls auriez le droit de les chasser. Pour un paquet de pognon. » (p.137-138)

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