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Pietra viva, de Léonor de Récondo – Points, collection Grands romans, 2015.

Michelangelo s’est réfugié dans les carrières de Carrare. Loin de Rome et du corps mort d’Andrea, moine dont la beauté le fascinait. En ce printemps 1505, le célèbre artiste doit choisir les marbres du futur tombeau du pape. Arrogant et tourmenté, il s’étourdit de travail. Au fil des jours et des rencontres, le sculpteur comprend que toutes les réponses ne se trouvent pas au cœur de la pierre…

J’ai retrouvé avec un immense plaisir la belle plume de Léonor de Réconda. Quel bonheur de lire cet auteur que j’ai découvert avec Amours (énorme coup de coeur). Cependant, j’ai été bien moins passionnée par l’intrigue de ce roman. Je n’arrivais pas à me convaincre que je lisais un roman et non une biographie de Michelangelo, et cela m’a profondément gêné pour apprécier pleinement cette lecture.

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On ne voyait que le bonheur, de Grégoire Delacourt – Le Livre de Poche, 2015.

 bonheur

Antoine, la quarantaine, est expert en assurances. Depuis longtemps, trop longtemps, il estime, indemnise la vie des autres. Une nuit, il s’intéresse à la sienne, se demande ce qu elle vaut vraiment. Par une introspection sans concession, il nous entraîne alors au cSur de notre propre humanité, lui qui ne s est jamais remis de son enfance, ballotté entre faux bonheurs et réelles tragédies. Orchestré en trois mouvements, du nord de la France à la côte ouest du Mexique, On ne voyait que le bonheur explore aussi le pays de l’adolescence. Et montre que le pardon et la rédemption restent possibles en dépit de tout.

Exaspérée du début à la fin par Antoine, le personnage principal de ce roman, je n’avais qu’une envie : finir ce livre, passer à autre chose, et l’oublier. Heureusement, la troisième et dernière partie m’a presque réconciliée avec l’auteur, tout au moins elle m’a rattrapée sur le fil pour ne par fermer ce bouquin avant de l’avoir fini. J’ai été touchée par cette fin relativement bouleversante, qui sauve tout pour moi. Mais pour le reste, j’ai le sentiment d’avoir lu une histoire qui tendait toujours vers l’excès du tout moche, du tout triste, du tout noir, du tout sombre. Trop pour moi.

Quand j’étais vivant, d’Estelle Nollet – Albin Michel, 2015.

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Ils sont quatre. Quatre à avoir vécu sur la même réserve africaine, à l’avoir vue se transformer d’éden touristique en lieu de massacre. Quatre à découvrir que ni l’amour ni l’amitié n’empêchent la violence et la trahison. Quatre à être liés pour l’éternité. Estelle Nollet, l’auteur de On ne boit pas les rats kangourous, excelle autant à décrire la vie sauvage, majestueuse et libre, que les détails précis, singuliers et impitoyables quand la bestialité et la vénalité surgissent. Une vision du monde crue et tonique, imprégnée de réalisme magique.

Première lecture dans le cadre de la Bibliothèque Orange 2016 (à laquelle je participe pour la toute première fois…, histoire de « compenser » un peu mon manque de livres en français…). Et on commence fort. Je ne m’y attendais pas. Ce livre est une claque ! J’ai pourtant eu du mal à entrer dans l’histoire. Une fois les quelques 100 premières pages lues (c’est le nombre maximum que je laisse à tout livre pour me séduire), on ne peut pas dire que cette lecture éveillait quoi que ce soit en moi. Et avec le recul, je ne comprends pas pourquoi. J’étais dès le début sensible aux nombreux et lourds sujets traités dans ce roman, mais (sans trop vouloir entrer dans les détails et en dire trop), j’étais perdue par le choix de construction de l’auteur. Je me demandais ce que pouvaient bien faire ensemble dans un même espace deux hommes, un enfant albinos et une éléphante ! Mais quand tout devient plus clair, alors, alors… on est happé par cette terrible histoire, où tant de choses fortes se mêlent : les massacres des éléphants, le trafic de l’ivoire, le trafic des albinos, tous motivés par l’argent. C’est si douloureux. Douloureux à lire, douloureux de découvrir des scènes probablement pas si romanesques que cela, douloureux de lire la cruauté humaine. Heureusement, parfois, il y a de jolis moments, forts en émotion, chez les humains, et, surtout, dans le monde animal, dans la réserve africaine. Mais, très vite, on revient à la dureté, à l’avidité, à la bassesse, et certains passages sont vraiment très poignants. Et quelle écriture ! Cinglante, minimaliste mais si efficace, imprégnée par cette belle Afrique. Un livre instructif qui milite pour de très belles causes, qui tendent toutes vers le respect, de tous, humains ET animaux. Un livre sublime à lire absolument !

Livre lu dans le cadre de la Bibliothèque Orange 2016. Ma note : 4/5.

Morceau choisi

« – Ah, parce que vous ne nous avez pas pris nos terres, vous ? Toi, ton père et tes… semblables ? Non, vous les Blancs, vous n’êtes jamais venus pour prendre ce qui ne vous appartenait pas, jamais, c’est bien ça ? Vous n’êtes pas venus exploiter les mines ? Vous n’êtes pas venus nous faire déguerpir de nos villages quand il s’agissait de créer des « réserves d’animaux » ? Réserves à fric, oui ! Vous n’êtes pas venus nous interdire de chasser alors que vous le faisiez ? Vous n’êtes pas venus placer à la tête de l’Etat des gars avec qui vous alliez pouvoir continuer de faire affaire ? La fin de la colonisation, tiens, la « fin » de la colonisation, parlons-en. Et aussi, bien sûr, vous n’êtes pas venus prendre des femmes qui ne vous appartenaient pas, les violer… (…) Mais vous, quand vous prenez ce qui ne vous appartient pas, personne ne vous punit. Moi, on me fout en prison pour de maudites antilopes. Ca vous paraît normal ? Hein ? Elles ne sont même pas à vous, les antilopes. Vous les nourrissez ? Non. Vous les mettez dans des enclos pour les protéger des prédateurs ? Non. Mais vous avez décrété qu’elles étaient vôtres, et que vous seuls auriez le droit de les chasser. Pour un paquet de pognon. » (p.137-138)

06H41, de Jean-Philippe Blondel – Pocket, mars 2014.

6h41Le train de 06h41, départ Troyes, arrivée Paris. Bondé, comme tous les lundis matins. Cécile Duffaut, quarante-sept ans, revient d’un week-end épuisant chez ses parents. Elle a hâte de retrouver son mari, sa fille et sa situation de chef d’entreprise. La place à côté d’elle est libre. S’y assied, après une légère hésitation, Philippe Leduc. Cécile et lui ont été amants vingt-sept ans auparavant, pendant quelques mois. Cela s’est très mal passé. À leur insu, cette histoire avortée et désagréable a profondément modifié leurs chemins respectifs. Tandis que le train roule vers Paris et que le silence s’installe, les images remontent. Ils ont une heure et demie pour décider de ce qui les attend…

 

Autant être tout de suite honnête : Jean-Philippe Blondel est un de mes auteurs français contemporains préférés. 06H41 est le septième que je lis de sa plume. Et je n’ai jamais été déçue avec ses romans précédents, bien au contraire. Alors, inconsciemment, Monsieur Blondel semblait ne jamais pouvoir me décevoir… Pourtant, ce livre n’a pas eu le même effet. C’est assez plat, et il y a peu de rythme, malgré l’alternance de points de vue de Cécile et Philippe. Mais, Je me suis quand même attachée à ces deux personnages. Et par-dessus tout, j’aime l’écriture de Blondel. J’aime sa façon de raconter la vie, le destin, les chemins que l’on prend, ou que la vie nous fait prendre. J’aime sa manière de raconter tout et rien en même temps. Ce livre parle admirablement bien de ce que l’on a rêvé d’être un jour, et de ce que l’on a finalement réussi à devenir. Alors disons que cette lecture fût une petite déception…

L’homme qui m’aimait tout bas

L’homme qui m’aimait tout bas, d’Éric Fottorino  – Gallimard, 2009.

Présentation de l’éditeur : Mon père s’est tué d’une balle dans la bouche le 11 mars 2008. Il avait soixante-dix ans passés. J’ai calculé qu’il m’avait adopté trente-huit ans plus tôt, un jour enneigé de février 1970. Toutes ces années, nous nous sommes aimés jusque dans nos différences. Il m’a donné son nom, m’a transmis sa joie de vivre, ses histoires de soleil, beaucoup de sa force et aussi une longue nostalgie de sa Tunisie natale. En exerçant son métier de kinésithérapeute, il travaillait  » à l’ancienne « , ne s’exprimait qu’avec les mains, au besoin par le regard. Il était courageux, volontaire, mais secret : il préféra toujours le silence aux paroles, y compris à l’instant ultime où s’affirma sa liberté, sans explication.  » Ce sont les mots qu’ils n’ont pas dits qui font les morts si lourds dans leur cercueil « , écrivit un jour Montherlant. Mais il me laissa quand même mes mots à moi, son fils vivant, et ces quelques pages pour lui dire combien je reste encore avec lui.

Mon avis : un bel hommage de l’auteur à son père, mais je me suis trop souvent ennuyée. L’évocation de ses souvenirs familiaux et autres anecdotes, plus ou moins ordinaires et souvent inintéressants, ne m’ont pas vraiment touchée ou émue ; c’est comme si je ne voulais pas « rentrer » dans leur vie, ou, si ce n’est pas une question de volonté, on ne m’en a pas donné les clefs. Là où j’ai le plus décroché, c’est à la lecture des nombreuses citations des romans précédents de l’auteur ; je comprends très bien le besoin de vouloir retrouver ce père perdu dans les lignes autrefois écrites, mais ce fut hélas bien pénible à lire. Et puis, dès le départ, ce livre était comme une erreur de « casting » pour moi. Je ne comprends toujours pas pourquoi ni comment, mais je croyais que ce livre était l’hommage d’une femme à son père défunt. C’est, avec le titre, ce qui m’avait donné envie de le lire…

Ça s’est passé là / La maîtresse a pleuré trois fois / Ce soir-là / Le goût de la tomate

Ça s’est passé là d’Emmanuel Bourdier – Éditions Thierry Magnier, collection Petite Poche, 2010.

...Achevé d'imprimer à quatorze heures tapantes...

Quatrième de couverture : Il est 13h23. Sur le trottoir, la foule regarde le bâtiment E de la cité Marcel Pagnol. Au fil des minutes qui s’écoulent, chacun des spectateurs nous dit quelque chose de sa vie dans ce bâtiment, petit souvenir ou grand, des moments d’émotion impartageable. Et à 14 heures ! C’est le boum.

Mon avis : de 13h23 à 13h30, chaque personnage se remémore avec émotion un souvenir, ce qui le rattache à cette « barre » qui ne sera plus dans quelques minutes. Pour Saâdi, c’est son premier baiser à Fatoumata ; pour Lou, la perte de son doudou ; pour Prune, un accouchement ; pour Roland, l’attente du marchand de glaces ; pour Élisa, une mosaïque ; pour Louisette, le souvenir d’en avoir été la première gardienne. Un petit roman plein d’émotions.

La maitresse a pleuré trois fois de Murielle Szac – Éditions Thierry Magnier, collection Petite Poche, 2010.

...Achevé d'imprimer les yeux au ciel...

Quatrième de couverture : Le nouveau copain d’Hugo s’appelle Martin. Il vient d’arriver de Chine et ne parle pas bien français. Un jour, à l’école, sa chaise reste vide. Ce jour-là, la maîtresse fond en larmes. Qu’est-il arrivé à Martin ? Hugo, aidé par sa maman, va remuer ciel et terre pour son ami.

Mon avis : une histoire très touchante et poignante sur l’expulsion d’un enfant, évoquée à travers le regard d’un autre enfant. J’ai rarement lu un livre si court plein d’une telle intensité. Ce fut une lecture bouleversante…

Ce soir-là d’Agnès Lacor– Éditions Thierry Magnier, collection Petite Poche, 2010.

...Achevé d'imprimer à l'heure...

Quatrième de couverture : Benjamin rentre seul à la maison après l’école, seul il fait ses devoirs après avoir goûté. Quelquefois Sebastian, l’étudiant d’à côté, passe le voir ; ça fait un peu de compagnie en attendant le retour de maman. Mais ce soir Caroline est en retard, et Benjamin commence à avoir peur qu’elle ne revienne jamais…

Mon avis : difficile d’attendre le retour de sa maman tous les soirs. L’attente et l’inquiétude sont toujours là, malgré la routine et les petites occupations pour passer le temps. Mais ce soir, Sébastien est très inquiet, car les minutes passent et sa mère n’est toujours pas rentrée. Une petite histoire très intense sur l’attente de l’être cher.

Le goût de la tomate de Christophe Léon – Éditions Thierry Magnier, collection Petite Poche, 2011.

...Achevé d'imprimer en rougissant...

Quatrième de couverture : Dans ce monde-là, on ne mange plus que de l’artificiel, les jardins ont disparu : il est interdit de cultiver, cueillir, récolter. Clovis et son père Marius font pousser en grand secret un plant de tomates. Une fois au moins, Clovis goûtera un produit frais, au goût de liberté.

Mon avis : cette histoire peut appartenir à notre futur proche, hélas. Le thème me paraissait intéressant, mais finalement, ce petit roman d’anticipation ne m’a pas emporté plus que ça… Dommage.

Le sel de la vie

Le sel de la vie de Françoise Héritier – Odile Jacob, février 2012.

Quatrième de couverture : « Il y a une forme de légèreté et de grâce dans le simple fait d’exister, au-delà des occupations, au-delà des sentiments forts, au-delà des engagements, et c’est de cela que j’ai voulu rendre compte. De ce petit plus qui nous est donné à tous : le sel de la vie. » F. H.
Dans cette méditation tout en intimité et en sensualité, l’anthropologue Françoise Héritier traque ces choses agréables auxquelles notre être profond aspire, ces images et ces émotions, ces moments empreints de souvenirs qui font le goût de notre existence, qui la rendent plus riche, plus intéressante que ce que nous croyons souvent et dont rien, jamais, ne pourra être enlevé à chacun.

Mon avis : ce livre n’est (presque) qu’une énumération de petites choses, d’émotions ressenties, de petits moments vécus particuliers pour l’auteur. Et c’est tout l’art de Françoise Héritier : rendre ces moments magiques encore plus magiques, ces petits détails précieux et indispensables pour soi. Ils sont ou deviennent le fil conducteur de notre vie, ils nous définissent plus ou moins, et, surtout, en plus de les apprécier, ils nous font apprécier le principal : être en vie. Un livre plein de sagesse.

Voici ses instants et autres broutilles qui sont aussi les miens/miennes :

-faire un feu qui crépite bien ;
-lire des polars ;
-avoir un parapluie quand il faut ;
-voir un beau feu d’artifice ;
-écouter gémir le vent ;
-regarder le feu ;
-choisir la croûte du pain bien cuit ;
-tricoter ;
-découper des images et faire des collages ;
-décoller en avion ou atterrir ;
-boire quand on a très soif ;
-faire des ricochets ;
-toucher les naseaux humides d’un jeune veau ;
-prendre un funiculaire ;
-se faire masser la tête ;
-finir un grand puzzle ;
-rêver d’aller au Machu Picchu ;
-s’attrister parce que les galets perdent leurs belles couleurs en séchant ;
-calculer le temps entre l’éclair et le tonnerre ;
-écrire à la main ;
-faire marcher sur son doigt une coccinelle ;
-s’émerveiller devant des Hokusai ou des calligraphies ;
-voir les draps qui sèchent retroussés par le vent ;
-trouver belles les éoliennes ;
-manger du réglisse…

« Et vous, qu’est-ce qui vous manquerait le plus si tout cela devait disparaitre à jamais de votre vie ? »

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